Vivre une sexualité riche et épanouissante avec le Tantra

Le Tantra ne constitue pas une thérapie de couple ni un répertoire de positions sexuelles. Mais l’importance qu’il accorde à la conscience, au désir et à la sexualité en fait une source d’inspiration bénéfique pour le couple désireux de s’épanouir.

En sexualité, c’est la déception qui domine

Bien souvent, lorsque des couples évoquent leur sexualité quotidienne, c’est la déception qui domine : « il va trop vite », « elle n’a jamais envie » sont des jugements fréquemment entendus.

Pourtant, lorsque les mêmes couples racontent la période qui a suivi leur rencontre, leurs yeux s’illuminent à l’évocation de leurs folles nuits (et journées) d’amour. Alors, au contraire, ils avaient tous les deux « tout le temps » envie de faire l’amour, et la question de la durée ne se posait pas dans les mêmes termes.

Vivre une sexualité riche et épanouissante

Qu’est-ce qui a changé ? Le partenaire n’a plus l’attrait de la nouveauté et la vie quotidienne a repris ses droits sont les explications les plus courantes.

Un peu comme s’il n’y avait rien à faire, comme s’il fallait choisir entre se résigner à une sexualité décevante ou changer de partenaire… avant de rencontrer le même problème.

Je ne suis pas de cet avis.

Je crois au contraire qu’il est tout à fait envisageable de vivre une sexualité riche et épanouissante avec le même partenaire pendant de longues années, malgré l’habitude et malgré le quotidien.

Mais, c’est vrai, cela requiert d’y consacrer du temps et de l’énergie.

Je suis d’ailleurs persuadé que le pire ennemi de la sexualité dans le couple c’est cette idée qu’elle serait « naturelle », qu’elle « va de soi ». Je ne vois pas en quoi le sexe serait le seul domaine de notre vie où nous trouverions du plaisir sans effort préalable. Nous faisons tous la différence entre manger un plat préparé réchauffé au micro-ondes et déguster une préparation « maison » cuisinée avec amour : la seconde option demande plus de temps, mais elle procure beaucoup plus de plaisir que la première. En amour, c’est pareil. Faire l’amour en vitesse après le film et juste avant de s’endormir n’a pas la même saveur que si l’on a consacré du temps à se préparer, à préparer la chambre, et à se caresser longuement.

La sexualité est culturelle

La sexualité « naturelle », c’est celle des animaux, qui n’ont jamais beaucoup de temps pour ça à cause du risque encouru s’ils sont surpris par des prédateurs. Résultat, à quelques exceptions près, les mâles de la plupart des espèces animales éjaculent en 30 secondes environ. Chez l’homme, faire l’amour prend de multiples formes selon les époques et les lieux de vie : la sexualité est avant tout culturelle.

Rien à voir en effet entre ce que l’on devine des pratiques sexuelles de l’Empire romain en contemplant les fresques de Pompéi d’une part, et, d’autre part, en s’intéressant à l’époque Victorienne à Londres au XIXe siècle — où le vibromasseur fut inventé afin de traiter médicalement les femmes dites « hystériques » en évitant aux médecins les douleurs au poignet provoquées par le succès de leur traitement manuel, qui consistait à les masturber.

Sexualité sacrée et sexualité profane

De nombreuses cultures ont attribué une place prééminente à la sexualité, en la sacralisant, considérant qu’elle relevait d’une pratique spirituelle. L’amour physique y était valorisé, considéré comme un bienfait ou tout au moins une pratique désirable. C’est le christianisme, avec Saint Augustin, qui a institué une séparation nette entre le spirituel et le sexuel, et qui a condamné la sexualité en la dépréciant et en la qualifiant de « péché ». On ne pouvait être un bon chrétien et faire l’amour sans culpabilité.

La réflexion, la lecture, la prière et les joies de l’esprit sont valorisées. Le corps, le plaisir, la jouissance, sont au contraire coupables et à certaines époques poursuivis par l’Inquisition qui accusait de sorcellerie les femmes sexuellement épanouies, leur reprochant de coucher avec le diable.

L’influence du christianisme en Occident ayant perduré jusqu’au début du XXe siècle (et l’Inquisition n’étant abolie qu’au début du XIXe), il n’y a finalement rien d’étonnant à ce que la sexualité soit encore vécue de nos jours comme un désir qu’il convient d’assouvir au plus vite, de la même manière que l’on s’acquitte des autres besoins naturels du corps, tandis que les aspects intellectuels de la vie sont considérés prioritaires.

Autrement dit, le travail et la vie sociale sont plus importants pour nos contemporains au mode de vie majoritairement urbain que la vie intime, familiale et conjugale, en particulier sexuelle.

Eloge de la masturbation

S’ajoutent à ces facteurs de dévalorisation de la vie sexuelle la manière déplorable dont est perçue la masturbation chez l’homme et la femme. Pour la plupart, les caresses intimes ont d’abord été pratiquées en cachette et en vitesse, avec comme objectif premier d’éviter de se faire surprendre par les parents. Des conditions qui ne sont pas propices à l’apprentissage d’un plaisir sexuel serein et décomplexé.

Il en reste aussi l’idée répandue que la pratique de la masturbation à l’âge adulte est compréhensible chez les célibataires, mais incongrue pour une personne qui vit une relation amoureuse. Par exemple, les femmes qui témoignent de leur sexualité dans le Rapport Hit sont nombreuses à dire qu’elles éprouvent un plaisir sexuel très fort à se masturber, mais ne parviennent pas à se défaire d’un sentiment de culpabilité tout aussi fort, qui leur fait parfois renoncer aux caresses sur de longues périodes et malgré la tension due au manque sexuel.

Or la masturbation constitue la meilleure manière d’apprendre comment réagit son corps aux stimulations des zones érogènes, d’apprendre à jouer avec ces stimulations, à repérer les signaux corporels annonciateurs de l’orgasme, à prolonger le plaisir au maximum, jusqu’à jouir de tout son corps.

Bien sûr, cela demande du temps : d’abord parce que prolonger le plaisir, c’est long, et ensuite parce qu’il faut de nombreuses séances de masturbation pour développer son expertise de soi. Pour mener ces découvertes et en profiter vraiment, il faudrait dans l’idéal se trouver dans l’esprit de curiosité sans jugement propre aux enfants, et bénéficier d’une totale sécurité pendant que l’on va ainsi à la découverte de son corps.

Quel enfant, quel adolescent a connu une telle sécurité ?

La sexualité des femmes négligée

Tous ces facteurs amènent la plupart de nos contemporains à vivre une sexualité rapide, négligée, qui ne leur procure que le plaisir bref d’avoir déchargé une tension.

Et encore, pas à tout le monde ! En effet, cette brièveté constitue la cause principale du désintérêt pour le sexe que les hommes reprochent souvent aux femmes.

Celles-ci se sentent quant à elles négligées par leur partenaire, qui arrête de faire l’amour après avoir éjaculé, même lorsqu’elles ne sont pas encore parvenues à l’orgasme de leur côté. Tout se passe comme si l’homme cherchait à se satisfaire au plus vite en oubliant sa partenaire au passage.

Cette façon d’être ensemble ne favorise évidemment pas l’épanouissement du couple.

Comment, alors, sortir de cette situation, et trouver le chemin d’un plaisir sexuel partagé au sein du couple ?

Sacraliser la relation sexuelle

La façon tantrique d’aborder cette question consiste à sacraliser la relation sexuelle.

Sacraliser, c’est-à-dire, finalement « donner de l’importance à ». Au lieu de faire l’amour en vitesse, il s’agit par exemple de prendre le temps de préparer le lieu et de se préparer soi-même, en conscience, c’est-à-dire en se concentrant sur ce que l’on fait et pourquoi on le fait.

Préparer la chambre en vue de faire l’amour, c’est prendre le temps d’y penser, d’imaginer quelle décoration mettre en place, de la disposer, de placer des bougies ici ou là, de choisir les tissus disposés au sol ou aux murs, etc. Pendant que je me prépare, je me nettoie dans les moindres recoins et que je me parfume peut-être, je suis centré sur moi-même et je pense à la façon dont je vais accueillir mon aimée tout à l’heure.

Une fois ma partenaire présente, je prends le temps de la recevoir, de la regarder, la serrer dans mes bras, la déshabiller lentement, etc.

Ralentir le rythme quand il accélère

Ensuite, lorsque viennent les caresses, il s’agit là encore de prendre du temps, de ne pas se précipiter, et même de ralentir si le rythme s’accélère. Et, toujours, de rester conscient de ce qui se passe pour chacun, de ce que chacun ressent dans son corps.

Aux caresses superficielles succèdent les caresses profondes puis la pénétration. Mais chacun de ces temps est étiré en longueur, et tout est ralenti. Par exemple, lorsqu’intervient la pénétration, l’homme ne bouge pas son sexe dans celui de la femme. Il attend, jusqu’à ce que la femme prenne l’initiative du mouvement et décide de son rythme.

Cette attente, qui peut être longue, permet aux partenaires de se concentrer sur leurs sensations sans les noyer dans un surplus de stimulations. Elle calme aussi l’excitation du sexe masculin et repousse à plus tard l’éjaculation.

Lorsque les mouvements débutent, ils sont initiés et contrôlés par la femme, guidée par son propre plaisir au lieu de l’être par celui de son partenaire. Ces mouvements ne sont pas systématiquement des allers-retours, et cela contribue aussi à retarder l’éjaculation et à prolonger les ébats.

Et la femme interrompt parfois ses mouvements afin que les partenaires reviennent à l’attente méditative qui a suivi la première pénétration.

Devenez l’amour !

Et ainsi de suite… Il s’agit à tout instant de privilégier la durée, de retenir les stimulations trop fortes qui déclenchent l’éjaculation pour les remplacer par l’excitation du début de l’étreinte, et de toujours rester en conscience de ce qui se passe et en relation avec son partenaire.

« Au commencement de l’union sexuelle, gardez votre attention sur le feu du début et ainsi tout en continuant, évitez les braises de la fin », cite Osho, qui dit aussi « dans l’étreinte, devenez l’étreinte, devenez le baiser. […] Devenez l’amour ! Et entrez dans la vie éternelle. […] L’amour peut se transformer en une profonde méditation […] Tantra signifie ceci transformer l’amour en méditation. »

Sans forcément parvenir jusque-là, le simple fait de redonner toute l’importance qu’il mérite à l’acte d’amour, de s’y consacrer pleinement, permet de faire revenir le plaisir et la détente profonde au sein du couple, et aux partenaires de se laisser à nouveau inonder par le bien-être ensemble.

Un couple qui fait régulièrement l’amour en conscience et avec plénitude est un couple apaisé, serein, qui connaît beaucoup moins de tensions et qui se satisfait d’être ensemble sans chercher de stimulations à l’extérieur.

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